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La perliculture : de l’élevage à la greffe.

cecm1976
8 oct.
3 min de lecture

Une perle noire de Tahiti peut sembler apparaître comme par magie au cœur d’une huître. Pourtant, avant de devenir un bijou, elle est le résultat de plusieurs années d’élevage, de soins et d’un geste extrêmement précis : la greffe. Dans les lagons de Polynésie française, les perliculteurs accompagnent patiemment les huîtres à lèvres noires, de leur naissance jusqu’à cette étape décisive. Comment obtient-on une huître capable de produire une perle ? Et que se passe-t-il réellement lors de la greffe ?

 

La perliculture est une histoire de patience. Il faut cinq étapes et plusieurs années pour obtenir une perle qui pourra ensuite être sublimée par le bijoutier. Toutes ces étapes ne se déroulent pas forcément dans le même lagon : certains sont plus favorables à la reproduction des huîtres, tandis que d’autres offrent de meilleures conditions pour leur élevage et la formation des perles.

Commençons par les premières étapes, de l’obtention des naissains jusqu’à la greffe.


La première étape est l’obtention des naissains, les larves d’huître. Comme tout animal, l’huître se reproduit avec des gamètes mâles et femelles qui sont libérés dans l’eau où a lieu la fécondation. L’huître vit une vingtaine d’années et présente un hermaphrodisme protandre : elle est d’abord mâle puis devient femelle vers 2 ans. Cette huître se reproduit facilement surtout aux intersaisons.


La deuxième étape est la collecte des naissains. Pendant la période de reproduction des huîtres, des collecteurs sont installés dans le lagon pour capter les larves de nacres. Ces collecteurs sont des morceaux de plastique noir accrochés à des cordes. Les larves s’y fixent et se développent.

Ensuite, l’opération de détroquage débute. Celle-ci consiste à retirer les larves des collecteurs, à les percer puis les suspendre par un fil en nylon à des cordes appelées chapelet qui supporteront 10 à 20 huitres. Ce fil permet de recréer le lien qui unissait le naissain à son collecteur.

Naissains
Naissains
Naissains sur fils
Naissains sur fils

Certaines fermes perlières ne font que ces deux étapes. Les naissains sont alors transportés en bateau ou en avion sur des fermes perlières qui ne feront que les étapes suivantes. Cette étape de transport nécessite d’être précautionneux pour éviter un trop grand stress au mollusque.

 

La troisième étape est l’élevage. L’huître est un animal qui filtre l’eau pour se nourrir. Il n’est donc pas nécessaire de lui apporter des aliments. Par contre, il faut la protéger contre les prédateurs qui mangent leur coquille (tortues, raie léopard, petit poisson perroquet) et contre les parasites des coquilles. Le perliculteur enferme alors les huîtres dans des cages en plastique. Chaque cage contient 20 huîtres. Les cages sont accrochées à des fils. En outre, il remonte à la surface les cages tous les 3 mois pour gratter les coquilles et enlever parasites et coraux qui s’y sont accrochés.

Les huîtres sont regroupées par maturité : toutes celles accrochées au même fil sont de maturité identique. Elles sont cultivées à 6 mètres de profondeur environ, tranche d’eau qui contient peu de sable embêtant et assez de plancton pour les nourrir.

 

La quatrième étape est la greffe. Naturellement, une huître produit de la nacre autour des éléments extérieurs qui entrent dans sa coquille. On utilise ce mécanisme de défense pour produire une perle. La greffe est un procédé chirurgical. Elle a lieu quand l’huître a deux ans. On introduit dans la gonade de l’huître deux éléments. Le premier est le nucleus, une petite bille en nacre d’une huître du fleuve Mississipi. Le deuxième est une partie du manteau d’une huître sacrifiée. Cette partie de manteau est celle qui fabrique la nacre.

Concrètement, le perliculteur convoque un greffeur pour une journée. Il devra greffer au moins 400 huîtres. Sur chaque cage de 20 huîtres, il en sacrifie 2 ou 3 qu’il ouvre complètement. Sur le bord interne de la coquille, la nacre fabriquée par chacune est visible. Le greffeur choisit l’huître qui fait la plus belle nacre et découpe son manteau en petits fragments. Il positionne une huître intacte dans l’écarteur, incise la gonade, y introduit le nucléus (préalablement désinfecté) et un petit morceau de manteau. Il referme l’huître et la remet dans la cage. En fin de journée, toutes les cages sont remises à l’eau. Quel stress pour les huîtres greffées !

Instruments du greffeur avec nacre contenant perles et nucléus ; sur la droite une cage à huîtres
Instruments du greffeur avec nacre contenant perles et nucléus ; sur la droite une cage à huîtres
Huître ouverte sacrifiée (2 ans après une greffe).
Huître ouverte sacrifiée (2 ans après une greffe).

Après la greffe commence alors une nouvelle période d’attente… jusqu’au jour où les huîtres sont enfin remontées à la surface. C’est le moment de la récolte. Que trouve-t-on réellement à l’intérieur ?

 
 
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