De la greffe à la perle : la récolte et les secrets des perles de Tahiti.
Après plusieurs années d’élevage et près de deux ans d’attente après la greffe, arrive enfin le moment que tous les perliculteurs attendent : la récolte. C’est alors que l’huître révèle ce qu’elle a produit… ou parfois ce qu’elle n’a pas produit. Perle parfaite, perle imparfaite, rejet du nucléus ou formation d’un étonnant keshi : chaque récolte réserve ses surprises. De la sortie de l’huître à la sélection des perles destinées aux bijoutiers, découvrons la dernière étape de la perliculture et ce qui fait la valeur d’une perle de Tahiti.
La cinquième étape de la perliculture est donc la récolte des perles. Elle se fait 18 mois à 2 ans après la greffe. Les caisses d’huîtres sont remontées en surface dans la ferme perlière, sorte de bungalow sur pilotis au-dessus du lagon. Un greffeur est convoqué et s’occupera de récupérer les perles et de surgreffer les huîtres qui peuvent l’être.
Le greffeur met l’huître dans l’écarteur, prélève la perle.
Si la perle est belle et l’huître est en bonne santé, il introduit dans la poche perlière un nouveau nucleus de la taille de la perle enlevée (plus importante que le nucleus précédent).
Puis il remet l’huître dans l’eau pour une nouvelle période de 2 ans de croissance de perle.
Une huître peut être greffée 3 à 4 fois au cours de sa vie.
Ce n’est qu’au moment de la récolte des perles que l’on connaît l’efficacité du greffeur. Certains greffeurs font davantage de greffes dans la journée (400 à 500) et ont un pourcentage de réussite plus important (50% à 70%). Certaines huîtres meurent après la greffe, d’autres rejettent le nucléus. Le taux de réussite est compris entre 50 et 70 % : cela signifie que sur 100 huîtres greffées, seulement 50 à 70 auront formé une perle.
Si la nacre rejette le nucléus au cours des 2 ans d'attente après la greffe, le greffon de manteau produit quand même de la nacre.
Dans la poche perlière, on récupère alors un keshi. Un keshi est donc uniquement constitué de nacre. Il a souvent une forme biscornue. Il est plus difficile à percer par le bijoutier qu’une perle. En effet, le nucleus est une matière facilement percée alors que la nacre est très dure.
Si le keshi était boudé par les clients il y a quelques années, il est maintenant recherché pour des bijoux plus fantaisie, à un coût plus abordable.

Une perle ne peut être commercialisée que si l’épaisseur de la nacre autour du nucléus est au moins égale à 0,8 mm. Cette épaisseur de nacre peut être mesurée par laser. Les bijoutiers qui recherchent des perles de qualité font cette mesure.
Le prix de la perle dépend de la grosseur, du nombre d’imperfections, de la couleur - on parle de perle noire de Tahiti mais il existe une grande diversité de couleurs - et du lustre. Un certificat indiquant la taille et la qualité de la perle est donné au client.
Quand la nacre n’est pas surgreffée, on récupère les coquilles pour les artisans qui les valoriseront, ou pour les broyer puis les utiliser en chaux.

De la naissance de l’huître à la récolte de la perle, la perliculture demande donc plusieurs années de patience et de nombreux gestes minutieux. Chaque perle est unique : sa couleur, sa forme, son lustre et ses éventuelles imperfections racontent en quelque sorte son histoire.
Derrière le bijou que l’on découvre dans une boutique, il y a donc bien plus qu’une simple perle. Il y a un lagon, une huître, plusieurs années d’élevage et le savoir-faire des perliculteurs et des greffeurs. C’est aussi ce long parcours qui rend chaque perle de Tahiti si particulière.
Lors d’un voyage en Polynésie française, visiter une ferme perlière permet justement de comprendre tout le travail qui se cache derrière ces petites merveilles du lagon. Et peut-être porter un autre regard sur la perle noire de Tahiti …


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